Isidore, moissonner et enrichir les ressources en SHS

À l’occasion du séminaire écrilecture du 12 mai 2015, Stéphane Pouyllau présentait Isidore, un service de visualisation et d’enrichissement des données de la recherche en Sciences Humaines et Sociales. D’un premier abord un peu difficile à cerner, le moteur Isidore se révèle un précieux allié pour les chercheurs, offrant un point d’entrée unifié et enrichi sémantiquement à de nombreuses ressources essentielles des SHS. 

Logo Isidore

Isidore, une plateforme d’accès aux données numériques des SHS

Le constat du difficile accès aux données et ressources de la recherche

Tout chercheur en SHS a déjà été confronté à ce problème : il existe de multiples portails qui proposent des accès à des ressources utiles à ses travaux (articles, annonces de colloques, sources numérisées…). Tous ces portails ont des périmètres plus ou moins étendus, des moteurs de recherche spécifiques et des modalités d’accès aux contenus (licences…) divers. Certains portails moissonnent et regroupent le contenu de plusieurs bases, mais en excluent d’autres. Il est rare qu’un chercheur connaisse parfaitement le périmètre des sites qu’il utilise, ou qu’il ait une vision globale de la qualité et de la quantité des ressources proposées.
Faute de connaissances aussi précises, la recherche se fait parfois au petit bonheur la chance : « j’utilise telle base ou telle bibliothèque parce que je la connais, son interface est pratique« . On exclut tel site, parce que l’on n’apprécie pas la présentation des résultats, ou encore, on trouve que tel portail renvoie des résultats moins pertinents que tel autre, sans vraiment en comprendre la raison… et ce ne sont pas de bonnes pratiques !

Une solution: Isidore, moissonner, enrichir et visualiser les ressources disponibles

Face à cette multitude de ressources et de points d’accès mais aussi aux disparités qualitatives des métadonnées, HumaNum a développé une plateforme, Isidore, qui moissonne des ressources provenant de différentes sources, enrichit leur description et les présente dans une interface qui se veut la plus pratique possible. Pour résumer, Isidore est une plateforme qui fédère l’accès aux données numériques des SHS. 

Page d'accueil d'Isidore

Page d’accueil d’Isidore

Avant de continuer, un point de vocabulaire, qui facilitera les développements suivants.

  • une métadonnée : c’est une donnée sur la donnée. En d’autres termes, il s’agit d’une information qui décrit une ressource. Par exemple, la date de prise de vue d’une photographie est une métadonnée qui nous renseigne sur la photographie.
  • moissonner : c’est interroger un fournisseur de données (une base, un gisement) pour collecter les métadonnées qu’il conserve. Par exemple, Gallica, que vous connaissez bien, moissonne les contenus de diverses bibliothèques numériques partenaires, comme celle de l’INHA.
  • un gisement de données : un entrepôt où sont stockées des données (par exemple une base de données).

Comment ça fonctionne ?

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Cartographie numérique pour débutant

Depuis que j’étudie le numérique et ses applications dans le domaine du patrimoine, je suis très attirée par la question de la cartographie, sans avoir jamais eu l’occasion de véritablement m’y plonger. Mes premières expériences ont été assez laborieuses, sinon des échecs cuisants. Les outils sont pléthore et il faut quelques prérequis techniques de bases pour s’y retrouver. Je vous livre ici mes notes et observations : n’hésitez pas à les compléter ou à me corriger si vous repérez une erreur.  

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Cartographie numérique ? Concepts de base

Vocabulaire de survie

Les éléments de base d’une carte numérique interactive sont le fond de carte, les calques, les POI (« Points of Interest » soit des marqueurs, lignes, polygones) et les coordonnées géographiques.

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Par dessus l’épaule de l’écrivain, les archives de Roland Barthes

Mardi 5 mai, j’ai visité l’exposition Les écritures de Roland Barthes. Exposition sans autre habit que les archives, nues dans leur vitrine.

Brouillon de Fragments d'un discours amoureux

Brouillon de Fragments d’un discours amoureux

Longtemps, je n’ai pas trouvé d’intérêt aux expositions d’archives — ou aux archives dans les expositions. Des documents manuscrits ou des papiers dactylographiés, des feuillets jaunis, des encres passées, une ambiance poussiéreuse… Que nous disent les archives dans les expositions sinon que le producteur a beaucoup produit et que le chercheur a beaucoup cherché ?

Ce n’est que récemment que j’ai compris pourquoi ces archives-là — au-delà de la matérialisation de la recherche — étaient intéressantes, sinon passionnantes. Il y a mille choses à extraire des archives, cent façons de les lire, les parcourir, les exposer, les comprendre.
Il y a un point, en particulier, qui me frappe chaque jour davantage : ce que l’archive du chercheur d’hier peut apprendre au chercheur d’aujourd’hui, sur le plan de la méthodologie.
Nous sommes tous — la première fois que nous nous confrontons à la recherche — face à un problème épineux, qui nous paraît presque insoluble : comment gérer l’immense masse de notes que nous engrangeons, les centaines de références que nous accumulons, les documents que nous compilons ? Il y a des outils certes, mais quelle méthode infaillible adopter ? Quelle stratégie suivre ? Pour cela, il n’existe aucun manuel, les secrets d’atelier sont bien gardés : un voile pudique recouvre ce que la recherche a de fastidieux, d’ingrat. Le savoir-faire vient avec l’expérience, dit-on.

La dactylographie corrigée de Fragements d'un discours amoureux

La dactylographie corrigée de Fragements d’un discours amoureux

Dans cette quête méthodologique, les archives des plus grands sont la meilleure école. Je crois que je l’ai compris bien tard — en lisant un fascicule publié par l’INHA sur le fonds Roger Marx que la bibliothèque conserve, parmi d’autres archives d’historiens, critiques, marchands.

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Mise en ligne de mon mémoire sur les outils d’annotation

En septembre 2014, j’ai soutenu mon mémoire, somme de mes recherches sur les outils d’annotations pour l’édition scientifique de corpus textuels. Le texte et les planches de ce travail sont désormais en ligne. 

Memoire

 

La version numérique se compose de deux fichiers : le volume de texte et le volume de planches. Dans la version papier, ces dernières sont placées en regard du texte. La liste des annexes (à consulter en ligne sur Github) est adjointe au volume de planches, tout comme un tableau comparatif des 6 outils d’annotation testés.

Je précise qu’il s’agit d’une version corrigée : le texte a été nettoyé de quelques coquilles, deux graphiques ont été repris et la conclusion a été réécrite.

Pour en savoir plus sur mon mémoire, consultez la page dédiée.

Pour télécharger les fichiers ou les consulter en ligne sur Slideshare : 

Présentation du projet « Rouen Bizarre », une réédition numérique

Depuis quelques semaines, je me suis lancée dans une nouvelle aventure, celle de la réédition numérique du texte d’Amédée Fraigneau, Rouen bizarre, publié en 1888. Ce billet vise à présenter (à grands traits) ce projet et ses objectifs.

En octobre 1888, Amédée Fraigneau, journaliste au Nouvelliste de Rouen, publie chez Schneider Frères, éditeur installé rue Jeanne d’Arc, un ouvrage sur les bas-fonds de la ville, ses vagabonds (les « Soleils ») et ses « métiers bizarres ». Préfacé par Georges Dubosc, l’ouvrage reçoit le titre quelque peu racoleur de « Rouen bizarre ». Le texte se veut un reportage, que l’on cite souvent depuis, dès lorsqu’il s’agit d’évoquer l’aspect de la ville à la fin du XIXe siècle.

Cependant, Rouen bizarre nous livre-t-il véritablement un reflet des quartiers pauvres de la capitale normande ? Écrit par un journaliste, il s’inscrit dans un phénomène éditorial, celui des « guides et descriptions des bas-fonds », dont le genre fait florès à Paris. À travers des brochures aux titres évocateurs, telles que Paris étrange, Paris horrible et Paris original, Une nuit de Paris, au pays du vice et de la misère, le lectorat se procure quelques émotions fortes, où se mêlent curiosité, effroi, attrait exotique de la misère et désir de transgression.

Fruit d’une formule éditoriale bien rodée, dont les racines remontent au XVIIIe siècle, ces ouvrages s’autoalimentent en anecdotes sordides, en descriptions pittoresques et en figures stéréotypées, que l’on retrouve d’un texte à l’autre. Ainsi, lorsque l’historien démêle l’écheveau du récit, il en tire bien plus d’enseignements sur l’image que se faisaient les élites intellectuelles du petit peuple que d’informations sur le petit peuple en lui-même.

Dès lors, quel crédit accorder à Rouen bizarre ? Est-il vraiment un moyen pour lecteur moderne d’approcher le Rouen disparu ?

La rue Eaux de Robec autour de 1880. Une grande partie du récit de Fraigneau se déroule dans le quartier Martainville, très miséreux à l'époque. Photographie Gallica

La rue Eau de Robec autour de 1880. Une grande partie du récit de Fraigneau se déroule dans le quartier Martainville, très miséreux à l’époque. Photographie Gallica/BNF

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ReNom – Naviguer dans Rabelais et Ronsard par la cartographie

Les « lundis du numérique » ont lieu une fois par mois à l’INHA : pendant une heure et demi, un intervenant est invité à présenter une réalisation alliant recherche et numérique dans le domaine de l’histoire de l’art. Depuis 2014, ces séances sont ouvertes à tous.
>accéder au programme<

Le 17 novembre 2014, Jorge Fins, ingénieur d’étude, était invité à nous présenter le site ReNom qui offre une visualisation cartographique des œuvres de Rabelais et de Ronsard à travers des extraits géolocalisés.
Ce projet original, porté par le Centre d’Etudes Supérieur de la Renaissance (programme des Bibliothèques virtuelles humanistes (BVH) à Tours), associe un volet de recherche sur les outils numériques appliqués au patrimoine textuel et un volet de valorisation touristique, en partenariat étroit avec les acteurs publics et privés de la région Centre. 

Page d'accueil du site ReNom

Recherche scientifique et médiation culturelle : les objectifs du projet ReNom

Le projet ReNom répond à des objectifs multiples, qui touchent tant à la recherche scientifique qu’à médiation culturelle. Sur le plan scientifique, il s’agit d’expérimenter les usages offerts par la visualisation cartographique des données et de prospecter dans le champ de la géographie littéraire. La géolocalisation des fragments d’un texte offre un accès nouveau à l’œuvre littéraire, mais permet-elle de renouveler le regard qu’on lui porte ?

En proposant une exploration cartographique des œuvres de Ronsard et de Rabelais, le programme vise à valoriser un pan majeur du patrimoine littéraire de la région Centre et à revitaliser une somme de connaissances. Il s’agit de fournir des contenus de qualité pour l’industrie touristique locale, sur laquelle elle puisse bâtir des services ludiques et instructifs (parcours de visite, audioguides).

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Zotero – Compte-rendu d’un atelier de formation

Cette année, je commence à donner des cours sur les pratiques numériques pour la recherche. Les cours s’adressent principalement à des étudiants en master et doctorat et prennent diverses formes (présentation, atelier). Comme il s’agit de ma première expérience d’enseignement, je tâtonne encore beaucoup pour rendre mes cours efficaces et clairs.
Par ailleurs, les formats ne se prêtent pas toujours à de longs développements ni à une mise en pratique des méthodes présentées, c’est pourquoi je vais tâcher de publier ici mes notes et références, pour compléter et enrichir les cours dispensés.

Le point de départ de mes interventions méthodologiques en master et doctorat à l’École du Louvre était la présentation du logiciel Zotero. Les notes qui suivent reprennent à grands traits les contenus de l’atelier que j’ai organisé le 26 janvier à l’École du Louvre, enrichis de liens qui permettent de le compléter. Le support de la présentation est en ligne sur Slideshare.

PLAN DE L’ARTICLE :

  • Intoduction : qu’est-ce que Zotero et pourquoi s’y former ?
  • Tutoriel : Zotero pas à pas
  • Médiagraphie : s'(auto)former à Zotero

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Ecriture 2.0/connectée : retour sur la rédaction d’un mémoire

Cet été, je rédigeais mon mémoire de fin d’études intitulé « les outils d’annotation et l’édition de corpus textuels pour la recherche en SHS« . Mon sujet s’y prêtant particulièrement, je me suis essayée à des pratiques d’écriture connectée, ce qui a suscité plusieurs échanges intéressants sur les réseaux sociaux. Comme je m’y étais alors engagée, je propose ici un retour d’expérience. 

Vermeer, Jeune femme écrivant une lettre et sa servante, 1667

Vermeer, Jeune femme écrivant une lettre et sa servante, 1667

Pour tout avouer, mon mémoire de master 2 « technologies numériques appliquées à l’histoire » était mon quatrième mémoire en trois ans : j’avais donc déjà une expérience de l’exercice de rédaction. Connaissant de mes points forts et mes limites, je voulais me tester à l’écriture connectée en investissant les réseaux sociaux et en tenant un carnet de recherche en ligne. Parler sur internet de ses recherches en cours suscite des échanges, échanges qui permettent bien souvent d’aller encore plus loin dans l’investigation, de découvrir de nouvelles ressources et des interlocuteurs intéressés par les mêmes sujets. Et cela ne s’est pas démenti, même si je n’ai pas pu pousser l’exercice aussi loin que je l’aurais souhaité.

Plan du billet : 

  • Tweeter l’aventure du mémoire
  • Carnet de recherche, un journal de bord du travail quotidien
  • Ecriture exposée, écriture collaborative (CommentPress et Crocodoc)

Memoire

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Réseau des musées en Amazonie : favoriser l’accès et la valorisation des collections

Lors du colloque « Les nouvelles technologies appliquées au patrimoine », Lydie Janny et Marie-Paule Jean-Louis nous ont présenté le tout jeune réseau des musées en Amazonie qui rassemble trois institutions autour d’un site web et d’actions communes (formation professionnelle, médiation, valorisation des collections). Leur intervention soulevait des problématiques rarement évoquées en métropole mais qui devraient nous inspirer.

Réseau des musées en Amazonie: une démarche collaborative qui favorise l’accessibilité et la valorisation des collections 

Le plateau des Guyanes, en Amazonie, forme un espace géologique cohérent, où évoluent depuis longtemps plusieurs populations autochtones et bushinenge (descendants d’esclaves ayant fui dans la forêt). Ce vaste territoire est aujourd’hui partagé entre différents pays : Guyane et Guyane française, Suriname et Brésil. Les artéfacts des principales populations qui occupent ce territoire sont conservés dans la dizaine de musées que compte la région. Pourtant, jusqu’ici, aucun programme commun ne leur permettait de se rassembler : ces musées, aux collections complémentaires, ne se connaissaient tout simplement pas. C’est de ce constat qu’est né le réseau des musées d’Amazonie, qui se localise actuellement dans la partie est du plateau.

Trois musées, en Guyane française, au Suriname et au Brésil se sont lancés dans un projet commun et participatif qui comporte notamment un volet de numérisation et de mise en ligne des collections.

Musées réseau amazonie Guyanes

Musées fondateurs du réseau

La première campagne, menée de 2011 à 2013 a concerné la création d’une base de données commune dans laquelle chaque partenaire a renseigné environ 2300 artéfacts ethnologiques présents dans ses collections (essentiellement amérindiens et bushinenge). A la création de cet outil était associé un programme de formation des professionnels des musées et un programme de médiation tourné vers le public local. L’articulation de ces trois volets offrait des problématiques intéressantes qui méritent d’être restituées.

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Le numérique au secours des musées : une inscription latine en 1200 fragments

Souvent, devant une œuvre antique issue de fouilles, le visiteur de musée est surpris que « l’on ait pu retrouver cela » ou « reconstituer ceci » : une mosaïque, une sculpture… Encore plus quand il sait que les archéologues, au moment de la découverte, avaient face à eux des milliers de minuscules fragments en vrac ! Depuis plusieurs décennies, l’informatique permet de faciliter et d’outiller ces patientes reconstitutions/restaurations. Cela profite notamment à certains objets de musée laissés en réserve depuis des décennies faute d’avoir pu « percer leur secret » auparavant. 

Lors du colloque « Les nouvelles technologies appliquées au patrimoine » qui s’est tenu au musée du Quai Branly les 6 et 7 novembre, deux chercheurs (Antony Hostein et Éric Fauvet) communiquaient sur un projet en cours au musée d’Autun, qui vise à reconstituer une inscription latine en 1200 fragments que l’on pensait perdue. Voici mes notes sur ce fabuleux défi, qui illustre parfaitement comment le numérique ouvre de nouvelles voies pour la conservation et la restauration du patrimoine ! 

Autun fragments marbre inscription

Quelques uns des 1200 fragments de l’inscription latine d’Autun (photo issue du carnet de recherche du projet)

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